Lentement, elle tourna la tête vers le point de départ de la débâcle...puis plus rien...plus aucune vibration...
Toutefois, ses pieds reprirent la marche, mais d'une allure plus vive.
À mesure que son souffle s'accélérait l'atmosphère se fit plus pesante. Le silence était tel, qu'elle discernait jusqu'aux contractions de son c½ur. Ce fut, à ses oreilles, outre ses pas précipités frôlant le tapis végétal, la seule source de vie, ou du moins la seule discernable.
Pour autant ! L'appréhension l'oppressait sans pouvoir s'en arracher. Car l'ignorer aurait été comme se persuader qu'il n'y a pas d'eau pour finalement finir noyé.
Une intonation lui insufflait de fuir, de quitter ce lieu où l'ombre grandissait pour affliger le sol, peu à peu.
Cette inflexion, fait avancer ou incite à s'arrêter. Cette parole sait dire oui comme non. Cette voix ne chante que quand on l'écoute. Et nous l'appelons : l'instinct. Chant lugubre émanant de l'inconscient, cette strate du psychisme inconnue de notre conscience, pourtant, si importante.
Entre deux respirations saccadées, la messe de la peur envahit les lieux, sans autre bâtisseur que ce silence, cette oppression, cette asphyxie.
Puis, enfin, le vent se leva, augurant la continuité, bordée de sons inquiétants...une marche au retentissement sourd.
Brusquement, des hurlements de rage accompagnèrent cette cacophonie.
L'appréhension devint peur réelle.
Une course débuta alors, accompagnée d'un vent s'évertuant à briser ces frêles jambes parcourues d'un tissu pourpre.
Petite rose courait à en perdre haleine.
Inspire............expire............inspire............expire
Les pieds nus sur l'herbe humide accompagnant le son des tambours.
Inspire.........expire.........inspire.........expire
Le c½ur battant sur des rythmes tribaux.
Les yeux fuyant un point précis, agressés par le vent de la nuit.
Inspire......expire......inspire......expire
Les joues imprégnées de larmes. Des gémissements...accompagnant la fuite de ses jambes.
Cours !
La peur...L'effroi...La détresse.
Inspire...expire...inspire...expire
Cours ! Fuis !
Inspire expire inspire expire
Respire !
Haletante, les yeux embués, l'âme affolée, le corps exténué. Les jambes cédèrent...
Son c½ur se déchira et de nouvelles larmes affluèrent, tapissant ce sol déjà trempé d'un océan cristallin.
Les tambours de guerre résonnèrent plus fortement, faisant vibrer les armures des soldats au rythme de leur pas. Grognements et injures accompagnèrent ce tableau de bellicisme indicible.
Je t'en supplie...fuis...
Les lances dressées au ciel, le souffle saccadé, tels des animaux assoiffés de sang...ils étaient au nombre de quatre et firent vibrer leur rage aussi terriblement que toute une armée.
Ses paupières finirent de recouvrir ses yeux embués, rougis par l'agression du vent. Dans un état second, ses jambes relancèrent la course...une course observée par l'½il attentif de l'astre solaire. Cet astre qui donnait vie aux arbres au travers de leurs ombres menaçantes. Un doigt effleura son épaule carmin, un autre tenta de couper sa course, un autre lui captura le visage puis un autre, plus grand, l'extorqua toute entière. La voûte céleste suivait ses pas au travers des bois, les comptait, mais cette enfant, elle, ne désirait pas qu'on l'épie.
Le vent s'arrêta de chuchoter, et les bras de ces monstres de bois cessèrent de s'articuler. Le calme envahit la sylve tandis que l'astre de la nuit perdait de son éclat, enténébrant le sol.
Ses paupières bornèrent ses yeux, et ses pieds cessèrent de fouler ce sol humide. L'écrasement fut rapide et indolore. Son seul souvenir fut les battements ralentis de son c½ur, puis ce corps blanc, aux ailes éblouissantes et aux bras rassurants...achevé d'un doux murmure :
« Naalya »
